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Un jardinier qui travaille

La transition écologique, un défi RH à défricher !

Texte écrit dans le cadre de Perspectives Territoriales

La transition écologique ne se fera pas sans les agents des collectivités territoriales. À Grenoble, une démarche inédite montre comment les pratiques se transforment. Un signal fort pour toutes les collectivités : la transition se pense également comme un enjeu de travail.

Une enquête sur les changements de pratiques liés à la transition écologique

Et si la transition écologique passait d’abord par une évolution des métiers et des compétences ? C’est une des question qu’a voulu explorer la Ville de Grenoble en lançant une enquête inédite, « Bifurcations RH ! » , sur les changements de pratiques et de compétences déjà à l’œuvre dans ses services, à l’aune de la transition écologique. Pour cette enquête, menée dans le cadre de l’AMI « Ecologie et travail » lancé par l’ANACT fin 2022, Grenoble a réuni un consortium composé du cabinet Auxilia, Manon Pech (consultante indépendante), Alexandre Monnin (philosophe), Brigitte Nivet (experte en management et RH), Bastien Marchand (doctorant), et du Centre communal d’Action Sociale. Cette alliance a donné à la démarche une portée expérimentale et stratégique dépassant le seul cadre communal.
La méthode repose sur la sélection de métiers emblématiques mais souvent invisibles, tels que les jardiniers, les agents de restauration, les auxiliaires de puériculture, les mécaniciens, et les thermiciens. Des immersions terrain en mode « vis ma vie » ont été réalisées pour certains métiers, complétés par des entretiens semi-directifs, permettant de brosser un portrait ethnographique de ces métiers. Ces moments d’observation et d’analyse ont ensuite donné lieu à des ateliers de construction de scénarios prospectifs des métiers pour ouvrir la réflexion.

Focus : Les jardiniers de demain

Longtemps considéré comme un métier discret, le jardinier devient aujourd’hui un acteur central de la résilience urbaine. À Grenoble, il a été choisi comme « métier prototype » car sa transformation est directement visible : gestion fine de l’eau, adaptation des palettes végétales, renaturation des sols, nouvelles esthétiques paysagères, protection des agents face aux fortes chaleurs… autant de défis concrets qui condensent les enjeux de la transition écologique.
Les scénarios prospectifs élaborés par Lucie Van Nieuwenhuyze (Chargée de mission redirection écologique, service Nature en ville, à la ville de Grenoble) ont fait émerger plusieurs figures de jardiniers de demain :
• Le jardinier-diplomate ou le jardinier-sourcier, capable de préserver les ressources naturelles et d’arbitrer les usages de l’eau ;
• Le jardinier-herboriste ou le jardinier-coach, qui contribue au bien-être humain et à la santé des habitants grâce à une approche sensible du vivant ;
Le jardinier-gestion circulaire, garant de la résilience territoriale en valorisant les ressources locales, les sols et les déchets verts.

Transition écologique : une expérimentation qui libère la parole

Bien que « Bifurcations RH ! » n’ait pas été un projet RH classique, il a permis de rendre visibles des professions techniques ou de proximité qui sont souvent en marge des grandes stratégies de transition. L’étude a montré qu’elles étaient en première ligne face aux effets du changement climatique et qu’elles détenaient une partie des réponses concrètes pour s’y adapter.
Elle a aussi provoqué une véritable prise de conscience collective. En impliquant élus, DRH, syndicats et agents, la démarche a permis d’identifier des évolutions structurantes des métiers et d’en discuter plus ouvertement. L’ouverture du dialogue a eu un effet libérateur. Les acteurs sont passés d’une perception diffuse à une compréhension partagée des enjeux. Cette approche contribue à en faire un sujet légitime de dialogue social, au même titre que les conditions de travail.
Enfin, la démarche a créé un effet d’entraînement. D’autres services de la collectivité ont exprimé le souhait d’étendre la démarche à d’autres métiers. La DRH, initialement peu mobilisée, s’est finalement appropriée le sujet pour étendre la réflexion au-delà du service Nature en Ville. Cette dynamique émergente montre que des initiatives légères peuvent amorcer des transformations plus larges, sans attendre la mise en place de dispositifs lourds ou de grandes réorganisations.
C’est précisément là que réside l’intérêt d’une telle phase exploratoire. Elle permet de faire bouger les lignes, de créer un langage commun et de susciter une mobilisation interne avant d’engager des chantiers de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) structurés et partagés.

Les leçons utiles d’une première expérimentation

Comme toute expérimentation, la démarche grenobloise présente aussi ses limites. La première tient à la temporalité : l’enquête terrain s’est déroulée sur une période relativement courte, ce qui n’a permis d’observer qu’une partie des réalités professionnelles.
La deuxième limite concerne la nature même de la méthode, avant tout exploratoire, car il existe encore peu de références sur ces enjeux. Il s’agit d’un livre blanc qui dresse les contours d’un sujet émergent, pas d’une recherche scientifique menée sur le temps long. Ce choix a permis une approche souple et réactive, mais limite la profondeur analytique et la robustesse des données.
Le troisième point concerne la place des usagers. Ceux-ci ont été peu associés à l’enquête, alors que leur perception joue un rôle déterminant dans la transformation des pratiques. L’acceptabilité sociale de certaines évolutions, comme les nouvelles esthétiques végétales ou l’acceptabilité des parents à voir leurs enfants « salis » après avoir joué dehors, est directement liée aux conditions d’exercice de ces métiers.
Par ailleurs, la démarche n’ayant pas été portée initialement par la DRH, cela explique pourquoi la traduction en outils RH concrets reste encore à construire.
Ces limites ne remettent pas en cause la valeur de l’expérience, mais elles constituent autant de points de vigilance utiles pour les prochaines collectivités pionnières.

Point de vue de Julhiet Sterwen – Transformer l’essai vers une GPEC territoriale écologique

La transition écologique est déjà là, dans les gestes quotidiens des agents et dans l’évolution des pratiques professionnelles. Le pilotage territorial du volet emploi-formation de la transition écologique constitue un levier de transformation des cultures professionnelles à travers l’anticipation et l’accompagnement humain. L’expérience grenobloise offre une boussole précieuse pour préparer dès maintenant les métiers publics de demain. Former les agents contribue à développer une conscience collective et des pratiques responsables, participant ainsi à la mise en mouvement plus large du territoire.
Cette démarche représente aussi un puissant levier de transformation culturelle pour la fonction RH. Elle invite à passer d’une approche plutôt gestionnaire, centrée sur les effectifs et les rémunérations, à une approche encore plus ancrée dans les réalités territoriales et connectée aux services techniques. Elle constitue un outil d’identification des besoins en compétences et permet de recentrer la réflexion des dispositifs d’accompagnement autour des pratiques existantes et de leur essaimage.

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